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Un article pensé et rédigé par notre chroniqueuse littéraire, Eva Kopp.

 

Il est des femmes inspirantes… Vous connaissez probablement les noms de Simone de Beauvoir Olympe de Gouges, Simone Weil ou encore de Joséphine Baker. Mais qui se souvient aujourd’hui de Jane Dieulafoy, la Toulousaine aventurière née en 1851 ? Une immense personnalité que le New-York Times avait alors qualifiée de « femme la plus remarquable de toute l’Europe ». Archéologue, auteure de romans et de nouvelles, de théâtre, journaliste, photographe amatrice, elle est l’épouse de l’archéologue Marcel Dieulafoy.

Avec Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy, Audrey Marty sort cette femme charismatique de l’ombre et ravive la mémoire collective.

Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy
De Toulouse à Persépolis, l’aventure au féminin
Écrit par Audrey Marty
Le Papillon Rouge éditeur
ISBN : 978-2-490379-14-9
19,90 €

 

Une aventurière amoureuse

« Derrière chaque grand homme, il y a une femme » aurait dit Talleyrand. Ne vous y trompez pas : Jane, elle, n’a pas été derrière Marcel. Elle a été à ses côtés, soutenue et encouragée dans sa curiosité et sa soif de connaissances. Son histoire, son destin hors du commun est aussi celui d’un couple profondément respectueux et amoureux qui va se lancer dans une expédition à l’autre bout du Monde. Direction : la Perse.

« Quatorze mois, cent quarante étapes, près de six mille kilomètres parcourus à cheval », un voyage extraordinaire dans lequel Jane emmènera, par procuration, ses nombreux lecteurs. Cette auteure de talent co-fondera, par ailleurs, le prix Femina.

Pionnière dans le combat des droits des femmes

Jane Dieulafoy est une femme charismatique qui, pour suivre son mari appelé au front, se coupe sa belle et longue chevelure bouclée et se fait passer pour un homme. Habillée en franc-tireur, elle participe à toutes les opérations pendant la guerre franco-prussienne. De cette expérience, elle gardera le goût de l’aventure et la conviction que la place des femmes peut aussi être dans l’armée. Elle militera avec fougue pour leur intégration…

Jane est aussi l’une des rares femmes à avoir demandé et obtenu une permission de travestissement pour s’habiller en homme. Marcel ne la contrarie pas dans ses démarches. Mieux encore, il l’y autorise. Porter un pantalon est un privilège qui lui permettra de se déplacer avec facilité en pays musulman sans risquer sa vie en tant que femme dévoilée…

Un privilège qui fera, également, de Jane et de son mari, la cible de railleries constantes mais qui ne ne l’empêchera pas d’être l’une des toutes premières femmes à avoir obtenu la Légion d’honneur

Un destin exceptionnel à découvrir absolument

Tout au long de sa vie, Jane Dieulafoy a été une personnalité brillante intellectuellement, audacieuse, attachante et intrépide. Elle a ouvert une voie, désespérément fermée, pour plus d’égalité entre les femmes et les hommes. Nous lui devons beaucoup. Merci à Audrey Marty et à sa plume fluide et captivante pour ce bel hommage nécessaire.

Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy, de Toulouse à Persépolis, l’aventure au féminin, une lecture d’utilité publique… et le tout premier ouvrage pour cette autrice talentueuse qui sera suivi à l’avenir, nul doute possible, par d’autres publications.

Au fil des pages, extrait

« En France, elle ne peut plus cacher son crâne sous son casque de feutre, il lui faut assumer sa tête nue. De toute façon, sa décision est prise, elle restera habillée en homme. Le temps n’est plus aux jupons et aux corsets. Elle a goûté à la liberté d’un corps sans entraves, libres de mouvements. Elle fait donc une demande exceptionnelle au Préfet de la Police de la ville de Paris afin d’être autorisée à porter un pantalon en toutes circonstances. Il faut se rappeler qu’à la fin du XIXe siècle, les femmes ne sont pas autorisées à porter cette tenue vestimentaire strictement réservée aux hommes. On ne saurait imaginer toute la symbolique qui se cache derrière ce bout de tissu et la bataille de chiffonniers qu’il a engendré. »

 

Audrey Marty

©Audrey Marty

Diplômée d’histoire de l’art, passionnée par la vie extraordinaire de Jane Dieulafoy, Audrey Marty a ouvert les archives familiales, mené une enquête captivante de plusieurs années qui offre aujourd’hui des documents rares et inédits.

 

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire la biographie de Jane Dieulafoy ?

En avril 2013, j’ai assisté, à l’auditorium du musée des Abattoirs de Toulouse, à la projection d’un documentaire qui m’a servi de déclic. « Women Art Revolution » (2010), est un film réalisé par Lynn Hershman Leeson qui retrace le mouvement artistique féministe américain des 40 dernières années.

Une séquence du film m’a particulièrement interpellée, celle d’un sondage effectué auprès de passants lambdas. On leur demande de citer des célébrités ou des artistes féminines. Les réponses sont sans appel : personne n’est capable de se souvenir d’un nom en particulier, ce qui prouve le manque de visibilité des femmes dans la sphère médiatique.

Cette discrimination du féminin a raisonné en moi comme une grande injustice : il me fallait trouver le moyen de mettre en avant les femmes oubliées de l’Histoire. D’un point de vue pratique, j’ai décidé de m’intéresser aux femmes toulousaines, étant moi-même originaire de cette ville et habitant sur place. Mes premières recherches m’ont fait découvrir Jane Dieulafoy. J’étais loin d’espérer qu’elle me mènerait à la publication d’une biographie richement documentée.

Vous êtes vidéaste, pourquoi avoir choisi la biographie plutôt que le documentaire ?

J’ai d’abord pensé faire un documentaire mais la somme des documents accumulés a poussé mes amis à m’encourager à écrire une biographie.

On dit que les livres qu’on écrit sont déjà en nous et qu’il faut un déclic pour leur donner vie en mots. Ce déclic a été la rencontre avec Jane… Mais j’ai pensé à la curiosité des lecteurs en réalisant malgré tout un court documentaire qui est diffusé lors des expositions (infos en bas d’article).

En quoi la personnalité de Jane Dieulafoy résonne-t-elle en vous ?

Jane est une femme d’exception, surtout à son époque, je suis loin de pouvoir rivaliser avec elle. Mais s’il fallait nous trouver des points communs, je dirais que je sais faire preuve de ténacité. Je suis quelqu’un de passionnée !

Si je me prends de passion pour une chose, comme pour Jane, je suis prête à soulever des montagnes ! J’ai besoin de défis pour avancer, même si mes défis à moi sont moindres, comparés à une traversée à cheval de 14 mois en Perse !

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Partagez-vous certains traits de caractère avec elle ?

(Elle rit) J’aime également porter un pantalon !

Comment avez-vous mené vos recherches pour écrire cette biographie ?

Cela m’a pris 5 ans pour réunir toutes les informations sur Jane et rédiger un manuscrit. J’ai consulté les archives municipales de Toulouse, puis les archives départementales de Haute Garonne. J’ai parcouru de nombreux documents et lus de nombreux ouvrages. J’ai recherché les descendants de Jane : elle n’a pas eu d’enfants, mais des neveux et nièces. J’ai mis deux ans à retrouver son arrière-arrière neveu, qui m’a ouvert ses archives personnelles avec bienveillance. Ensuite, j’ai dû me rendre à Paris pour consulter les archives de l’Institut de France où sont conservées les archives personnelles des Dieulafoy, correspondances, notes manuscrites, journaux intimesCe fut une grande fierté de faire des recherches dans ce lieu de haute culture, qui jouxte l’académie française et de découvrir les mots écrits de la propre main de Jane. J’ai également été au musée du Louvre pour voir les pièces monumentales, rapportées de Perse par le couple Dieulafoy.

Écrire une biographie, c’est remonter le temps à la recherche d’indices disparus, un vrai travail d’archéologue, en somme !

Quel est le moment de sa vie qui vous a le plus marquée ? Émue ?

J’ai surtout j’étais émue en parcourant son journal intime, qu’elle a tenu à la fin de sa vie, lorsque la première guerre mondiale a éclaté. Elle y évoque sa peur de la guerre, la mort de sa mère, ses craintes de quitter la France pour le Maroc, où son mari était au service du Général Lyautey. Le journal s’arrête alors qu’elle est tombée malade. Les notes inscrites ensuite sont celles de Marcel, qui achève lui-même le journal en confiant les derniers mots de son épouse mourante. Je suis allée au bout d’une aventure merveilleuse auprès de deux personnalités admirables, Jane et Marcel Dieulafoy. Ils ont entretenu une relation idéale, empreinte de respect et d’égalité. Leur relation de couple est très émouvante, leur amour palpable, par de-là le temps.

Un prochain livre à venir ?

Je travaille sur un nouveau manuscrit, une biographie sur une femme dompteuse de la fin du XIX et du début du XX siècle. J’espère qu’un livre viendra conclure cette nouvelle aventure biographique. Mettre en lumière les femmes tombées dans l’oubli, c’est ma manière à moi de participer au combat de l’égalité homme-femme. C’est devenu une nécessité !

 

© Kristel Riethmuller

Ô Toulouse

Un mot : ma maison

Une émotion : une émotion sonore, la première fois où j’ai assisté à un opéra au théâtre du Capitole. Ce fut une révélation ! C’était l’opéra Tosca de Puccini. Ma professeure d’italien au lycée avait décidé de nous faire apprendre l’italien en chanson. On a eu l’occasion de suivre la création de cet opéra, de la confection des costumes à la représentation finale. Un souvenir marquant !

Un lieu : le Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse, où j’ai eu la chance d’être stagiaire. C’est un lieu chargé d’une aura particulière. Je l’ai connu enfant, avant qu’il ne soit longtemps fermé pour travaux ! Quelle ne fut pas ma surprise, à sa réouverture, d’être accueillie dans le hall d’entrée, par un éléphant d’Asie, qui dans mes souvenirs d’enfance était un mammouth gigantesque !

Un restaurant : la crêperie le Menhir un coin de Bretagne en Occitanie

Un coup de cœur : Feminist in the city, une association qui propose des visites guidées dans les grandes villes de France, notamment à Toulouse, ainsi que des web conférences sur les femmes. J’en anime une le 13 septembre sur l’invisibilité des femmes dans l’Histoire.

Une phrase / expression / citation :  « La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands, pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit », Oscar Wilde.

Audrey Marty sur le web : Youtube / Facebook / Site Internet

 

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© Kristel Riethmuller

Rencontres et dédicaces à venir 

* Samedi 19 septembre à 18h.

Conférence, présentation et dédicaces de la biographie de Jane et de l’exposition consacrée aux Dieulafoy, lors des journées du Patrimoine. Réservation auprès de la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse au 05 62 27 66 66.

* Les samedis 3 et 31 octobre 2020, à 16h.

Visites et séances de dédicaces. Réservation auprès de la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse au 05 62 27 66 66.

* les 20, 26 et 27 octobre, à partir de 18h.

Séance de dédicaces à Pompertuzat à l’église St André, St Cloud où a lieu une exposition dédiée au centenaire de la mort de Marcel Dieulafoy, ancien maire de la commune.

 

Pour découvrir les travaux de Jane et Marcel Dieulafoy

Du 15 septembre au 21 novembre, exposition, De Toulouse à Persépolis, sur les traces des archéologues Jane et Marcel Dieulafoy, à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine, 1 rue du Périgord à Toulouse.

Visites guidées et séances de dédicaces. Réservez votre place au 05 62 27 66 66

 

 

 

 

Chronique et propos recueillis par Eva Kopp, chroniqueuse littéraire.