Festival des Intimités : rencontre avec Jay Jay Johanson, le crooner électrique

Nous nous sommes rendus à la soirée de lancement du festival des intimités à l’Utopia. Une très belle soirée avec deux artistes de talent qui nous ont fait passer par toutes les émotions (report en dessous de l’interview).

A cette occasion on a pu rencontrer Jay Jay Johanson qui nous a accordé une interview ou il nous parle de son premier groupe, de ses explorations musicales et de la composition mais aussi de Pharell Williams qui a jeté des coups d’œil sur son chapeau, de son amour pour la France et la nouvelle scène anglaise et le label Young turks.

Nous avons été sur ta page Wikipédia et nous avons été surpris par tes débuts : tu avais vraiment un groupe de punk à l’âge de 10 ans ?

Jay Jay : Oui ! Il y avait tant de musique qui se jouait dans ma maison : mon père jouait du jazz dans la cuisine, ma mère écoutait Elvis, mon grand frère écoutait énormément de Glam rock, ma sœur écoutait Abba . Ma seule façon d’être entendu dans cette maison était d’être le plus bruyant possible et le meilleur moyen à la fin des seventies, c’était de faire du punk rock.

On était trois camarades à l’école, on avait fait un concert, on était trop jeune pour  faire ça mais peu importe, c’était trop marrant (rires). C’était ma première rencontre avec la scène !

Parlons un peu de ton nouvel album « Opium », les premières notes qu’on peut entendre sont de l’harmonica, c’est un peu surprenant dans ton univers. Ça te tenait à cœur ?

Non pas vraiment. J’en avais utilisé sur mon deuxième album il ya quinze ans. (Tattoo, NDLR). Je pense que mes mélodies commencent avec la voix. Une fois que la chanson est écrite je cherche une combinaison d’instruments intéressante pour que le son sonne de façon plus intéressante, plus particulier. Dans ce cas j’ai eu l’idée avec l’harmonica, on a trouvé ça bon et on l’a gardé.

Je pense qu’on est les seuls à combiner trip-hop et harmonica. C’est un contraste qui nous amuse.

T’as été le premier à mêler des mélodies classiques sur de la musique électronique, du trip hop en l’occurrence.

Carrément ! C’était tellement frais quand ça a débarqué du Royaume-Uni au début des années 90 avec les Wild Bunch et Massive Attack. Ils apportaient de nouveaux instruments, et Portishead biensûr ! Avec Andrew Vowles qui faisait les rythmiques et Andrian Thaws (Tricky, NDLR) à la voix.

Mais avec mon son, le jazz que je faisais, ça m’a pris longtemps à trouver des arrangements pour faire quelque chose qui colle pour m’approprier ce genre.

Du coup ce n’est pas évident de classer ta musique, sûrement parce que c’est ce que tu le souhaites, mais dans laquelle on pourrait classer Opium sur le site ?

Dans les années 90 tout le monde parlait de trip hop mais maintenant c’est devenu un mot que plus personne ne veut mentionner. Ça n’évoque plus quelque chose de moderne, du coup on me définit par des expressions comme le crooner électrique par exemple.  Mais moi ce qui me semble intéressant avec la trip hop, c’est que c’est de la pop expérimentale et je ressens toujours de l’expérimentation dans ma musique. Je pense que je fais de la pop car je suis relié à la culture populaire et au business de la musique donc pour me définir je dirais de la pop expérimentale.

Tes textes sont très personnels sur ton dernier album. Comment on se sent quand on écrit ce type d’album, on se sent mieux ou au contraire c’est éprouvant ?

Pour moi il n’y a pas d’autre façon d’écrire. Je ne peux pas dire comment c’est pour les autres, mais pour moi c’est comme ça que j’écris tout le temps et je ne peux pas être créatif musicalement d’une autre façon. C’est vraiment naturel, il n’y a pas de traumatisme, ce n’est pas difficile pour moi.

Dans la chanson Moonshine ta partenaire se sent « Like in the movies » (comme dans un film). Ta musique collerait sur un film, t’as des projets ?

J’en ai déjà fait deux ! Deux films français : « la confusion des genres », (NDLR : réalisé par Ilan Duran Cohen) en 2002, on avait fait pas mal de festivals, on avait été au Sundance etc…

Puis en 2008, j’avais fait « la troisième partie du monde » (NDLR : Réalisé par Eric Forestier) , il est devenu un peu has been mais il reste intéressant.

J’ai eu beaucoup de propositions pour faire des bandes originales mais je n’ai pas le temps de les faire. Je suis très pris par les tournées et par la conception des albums. Il faut vraiment qu’il y ait une coïncidence chanceuse pour que ce soit possible. Mais j’adorerais en refaire. J’espère que ça arrivera encore.

Tes artworks sont toujours très travaillés, toujours des photographies. Qui a fait celle d’Opium ?

Depuis les quinze dernières années les photos ont été prises par ma femme, et je me suis toujours occupé du graphisme, le travail des typographies et généralement j’ai mon idée de ce dont la photo doit avoir l’air.

Pour mes trois premiers j’ai travaillé avec d’autres photographes. Je savais ce que je voulais, il y a toujours une influence. Par exemple, Poison était une influence d’Hitchcock, Whiskey était une influence de Milus Forman avec « Voyage au dessus d’un nid de coucou ».

                                

Quand on regarde la photographie de Coackroach on peut se demander si Pharell Williams n’était pas tombé dessus avant de sortir son chapeau non ?

(Rires) C’est marrant parceque mon chapeau a été fait en 1982 par Malcolm Mclaren. J’étais un grand fan de Malcolm à ce moment la. Mais ça a pris beaucoup de temps avant que je retrouve ce chapeau et quand je l’ai retrouvé j’ai décidé de m’en servir pour la cover de Coackroach.

Quelques mois plus tard, Pharell Williams le portait. C’est devenu tellement énorme qu’ils ont reproduit le chapeau pour le vendre ! Mais c’était vraiment drôle parce que les gens qui me connaissent disaient « Jay Jay le portait en premier ! ». Mais peu importe les fans de Pharell  ne savent pas qui je suis. Ce qui est marrant c’est que j’ai attendu presque 30 ans avant de le ressortir et ça prend comme ça.

C’est toujours spécial pour toi de revenir en France, c’est ici que t’as connu tes premiers succès. Cet attachement existe toujours ?

Oui complètement ! Sans la France je ne pourrais pas être là, je n’aurais pas sorti 10 albums, ni tourner à travers le monde. C’est vraiment en France que ça a commencé. C’est fantastique.

T’es déjà venu à Toulouse ?

Ouai ! Deux fois la première dans les années 90 à mes débuts et il y a 4 ans au Bikini. J’aime cette ville ! Il y a tout à la fois : du bon vin, des gens sympathiques et de la bonne nourriture. Hier j’étais à Paris, il faisait froid et il pleuvait. J’arrive ici il fait tellement beau ! C’est vraiment agréable.

C’est quoi que tu préfères manger quand t’arrives en France ?

C’est compliqué la nourriture est différente en fonction des régions quand même. Une de mes nourritures préférées est en Corse. C’est très spécial. Mais la nourriture est bonne en règle générale. Mais plus on se rapproche de l’Allemagne moins j’aime la nourriture, c’est clair. Alsace n’est pas vraiment ma région pour la nourriture. Leur vin est bon par contre. C’est peut être aussi parceque je suis végétarien. C’est quand même souvent meilleur en se rapprochant des côtes.

Quels albums t’écoutes en ce moment ?

Il y a beaucoup de bons albums en ce moment. J’aime beaucoup ce que fait FKA Twigs. Jamie XX est génial, Young Turks (label  indépendant londonien) fait vraiment un travail incroyable. J’aime aussi Grimes, elle va sortir un album cet été. J’attends vraiment l’album de James Blake aussi, j’avais adoré son premier. L’été c’est une bonne période pour découvrir de nouveaux talents pendant les festivals comme le Sonar, il faut être à l’affut.

T’ écoutes de la musique française ?

La majorité des albums français que j’ai sont des bandes originales françaises des années 60-70 comme Michel Grand par exemple. J’adore tous les albums des Daft Punk. Mais aussi Sébastien Tellier, Phoenix, j’écoutais beaucoup Air à leurs débuts.

Merci à Jay Jay Johanson qui a répondu à nos questions de façon très sympathique, à Jerkov et au festival qui a rendu possible cette interview.

Opium, l’album de Jay Jay sorti en juin 2015 : 

Report de la soirée :

Concert Jay Jay Johanson

L’organisation avait bien préparé son événement, le public était accueilli dans une intimité tout à fait confortable dans le cinéma l’Utopia et notons le, par des enfants aveugles qui ont participé à l’organisation de l’événement et à l’accueil du public. Belle initiative.

On a ensuite assisté à l’arrivée d’Andrew (Richards?) à la démarche maladroite de prime abord, seul avec  sa guitare. Mais dès le début de sa présentation on comprend que cette timidité fait partie de son jeu de scène qui  révèle un humour désopilant. Mais Andy n’est pas là que pour nous faire rire, dès les première secondes on comprend que c’est une belle révélation que nous présente le festival des intimités. Membre du groupe Uniform Motion il nous délivre une folk magnifique qui nous donne envie de pleurer avec lui en écoutant ses observations sur la vie et sur le monde (dans la langue de Bob Dylan). Une performance émouvante et juste qui nous a atteint de plein fouet. Nous attendons de voir le groupe au complet, mais ce sera à coup sûr une bonne surprise tant le jeune musicien est bourré de talent.

Puis après une rapide entracte, c’est le grand suédois qui débarque sur scène, accompagné de son pianiste. L’intimité du concert annoncée par le festival accomplie sa magie dans la belle salle de l’Utopia avec sa scène de théâtre pleine de charme et d’élégance. L’élégance ce n’est pas ce qui manque à Jay Jay souvent qualifié de Dandy électrique. Sa voix résonne entonnant une chanson de son nouvel album pour commencer, l’accompagnement au piano se mêle à l’habituel rythmique tantôt nerveuse tantôt douce de la trip hop sublimant les mélodies jazz qui se mêlent avec audace.

Ce bel univers est souligné par des images projetées sur la toile derrière les deux artistes qui rajoute une touche cinématographique au concert. Les images sont belles et collent aux textes de l’anti héros romantiques suédois et de ses textes mélancholiques. Des gens sont filmés face caméra proches de l’objectif, en noir et blanc, laissant voir leurs qualités et leurs défauts pendant plusieurs minutes comme si leurs vies s’ouvraient devant nous et que le temps s’arrête pendant que Jay Jay nous raconte des histoires d’amour. Un procédé des plus honnête et poétique. L’effet est émouvant, perturbant et audacieux comme le chanteur devant nous (vous pouvez vous faire une idée avec la photo de Pauline B. plus haut).

L’artiste s’ouvre au public pour une performance puissante, les mélodies au piano font mouches et sa voix sensible s’occupe de terminer de nous séduire. Il n’hésite pas à clôturer le concert avec des débuts de chansons à capella suivi du seul piano pour un dernier souvenir des plus touchants.