Humour noir et glaçant comme cet hiver sans fin pour ce faux mythe aux allures de conte noir. Lisez-le à voix haute pour goûter la musicalité de chaque mot et savourer le rythme de sa poésie cruelle. Un premier roman qui ne supporte pas d’étiquette, probablement car il ouvre une nouvelle voie.

Villebasse
Écrit par Anna de Sandre
La Manufacture de Livres
ISBN 978-2-35887-780-0
18,90 €

 

Voici une lecture bien inconfortable, perturbante, dérangeante et addictive. Villebasse, comme l’écriture d’Anna de Sandre, est une toile d’araignée. Vous pensez être simplement perdu dans l’intrigue quand vous en êtes déjà captif… englué comme le sont les habitants de cette ville qui enterre vivants la moindre poussière d’espoir, de naïveté et d’innocence. Inutile de se débattre, ceux qui auraient la prétention de lutter pour s’en évader, disparaissent plus rapidement, les cris étouffés par la neige, un soir de lune bleue. Tous sont perdus et tout est vain. Villebasse dévore ses habitants qu’elle anesthésie auparavant d’un quotidien abrutissant. En son cœur, un indice : le ventre de l’ogresse, un bar qui recrache les hommes imbibés d’alcool et de violence. Un étrange chien erre. À son passage, les pulsions animales et meurtrières se déchaînent.

Villebasse de Anna de Sandre

Extrait

Depuis que Le Chien était entré dans Villebasse, aux premiers jours de cet hiver particulièrement froid, on avait le sentiment incongru que la mort survenait davantage qu’à l’habitude ici, et plus qu’aux alentours. Ce n’était pas remarquable par tout le monde, mais tout de même, la coïncidence était citée au Ventre de l’ogresse après que les clients les plus fidèles avaient claqué leur monnaie de la semaine en méchantes bières et qu’il ne leur restait plus qu’à prolonger la conversation pour rester encore un peu.

 

Rencontre avec l’autrice Anna de Sandre

©Philippe Matsas

Anna De Sandre vit en Occitanie où elle écrit des nouvelles et de la poésie qui ont été publiés aux éditions In8 et aux éditions Des Carnets du Dessert de Lune. Elle est également l’autrice d’albums jeunesse publiés sous le pseudonyme d’Anne Pym aux éditions Gallimard et l’école des loisirs. Elle anime régulièrement des ateliers d’écriture tout en étant libraire par intermittence. Villebasse est son premier roman.

 

Comment est né Villebasse ?

La genèse a été compliquée… Un rassemblement d’idées éparses. C’est un projet qui a mûri durant plusieurs années et c’est mon septième livre. J’ai eu le déclic quand j’ai repéré que, parmi mes notes, l’élément central était le lieu. J’ai alors compris que c’était l’angle d’attaque. Pour Villebasse, j’ai créé un univers imaginaire qui n’est pas inspiré d’un lieu concret ou de rencontres.

 

Et ce chien qui apparaît dans Villebasse ?

(Elle rit) J’ai un chien qui est l’anti-thèse de Villebasse : c’est une brave bête très pot de colle. Le chien de Villebasse sert à faire la liaison entre les différents personnages. Je trouvais intéressant d’utiliser l’animalité qui est prégnante en chacun d’eux en se basant sur l’animal le plus proche de l’homme, son meilleur ami : le chien.

 

Comment avez-vous choisi le titre de Villebasse ?

Le titre… C’est ce que j’ai le plus de mal à trouver. Il m’est apparu quand je me suis rendue compte que mes personnages, qui vivaient à Villebasse, avaient chuté ou avaient atterri ici, empêchés par X problèmes familiaux, personnels, sociaux d’en repartir. Ces gens déclassés, mis de côté et la manière dont ils essayent de se dépêtrer avec leur ville et le peu de moyens que leur accordent la société… Leur ville ne pouvaient qu’être basse.

 

Comment avez-vous fait pour peindre l’adolescence de manière si réaliste ?

(Elle réfléchit un instant) … Le sens de l’observation tout simplement et la capacité d’empathie. En général, nous, écrivains, sommes des éponges et on en profite !

 

Comment écrivez-vous ? 

Au fil du temps, je me suis rendue compte que j’avais besoin de connaître la fin pour suivre une route cohérente, même si je peux être amenée à la changer. Pour la structure, j’ai une écriture en constellation et pas du tout linéaire. Il y a donc un gros travail de réécriture une fois que j’ai écrit cette matière. Je ne crois pas du tout au génie du premier jet. À partir de là, je pose un cadre dans lequel il m’est arrivé de réécrire plusieurs fois mes romans car je suis foutraque et perfectionniste… Foutraque pour le premier jet et perfectionniste dans la réécriture. J’essaie d’avoir une routine d’écriture quand c’est possible. Je suis dans la création pure le matin. Le travail de réécriture peut se faire n’importe quand. Je relis à voix haute car je suis une auditive. Le rythme et la musicalité sont importants.

 

Pourquoi avoir choisi d’utiliser votre prénom et votre nom pour Villebasse et un pseudo pour vos livres jeunesse ?

Je ne souhaite pas forcément que mes jeunes lecteurs aient accès à l’univers du roman noir que j’aborde.

 

Et comment avez-vous choisi le pseudo d’Anne Pym pour l’écriture jeunesse ?

Il y a plusieurs raisons : “Pym” faisait “Pim ! “ comme l’onomatopée. Le personnage de Pim dans la bande-dessinée Pim Pam Poum me faisait beaucoup rire… Le biscuit Pim et Le roman Les Aventures d’Arthur Gordon Pym  d’Edgar Allan Poe… Toutes ces connexions me plaisaient.

 

Des projets ?

Je travaille sur l’écriture d’un autre roman qui sera également publié à La Manufacture de Livres. L’illustrateur Francesco Pittau est sur le découpage de mon prochain album jeunesse.

Ô Toulouse

Toulouse c’est… Une ville dans laquelle j’ai vécu pendant une quinzaine d’années grâce à la chanson de Claude Nougaro, alors que je n’y avais jamais mis les pieds auparavant.

Une émotion : L’émerveillement devant les différentes lumières du jour par-dessus le Pont-Neuf.

Un souvenir : Mon arrivée à Toulouse. Je sors de la gare et m’exclame devant la Garonne mais une passante me rétorque qu’il s’agit du Canal du Midi. Peu après je demande un pain au chocolat dans une boulangerie où l’on me dit qu’il n’y a en a pas. Interloquée, j’insiste en les désignant ; la boulangère me rétorque que ce ne sont pas des pains au chocolat mais des chocolatines.

Un lieu : Saint-Cyprien et son marché. A l’époque, on avait l’impression d’un village dans la ville.

Un restaurant :J’en aime plusieurs, alors je vais citer Les P’tits Fayots, parce que celui-là, ça fait un bail que je rêve d’avoir l’occasion d’y goûter les plats d’Aziz Mokhtari.

Un bar : N°5, place de la Bourse

Un plat : L’alicuit.

Un coup de cœur : La librairie Ombres Blanches

Une phrase : « Tu t’es habillé en peyarote, aujourd’hui ! »

 

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