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Au Boudu Livre – Petite chronique littéraire par Eva Kopp, journaliste, auteure et chroniqueuse littéraire.

De Théodore Ozenne, les Toulousains savent qu’il a été un bienfaiteur de la ville, notamment en ce qui concerne les établissements d’enseignement. Une rue et un lycée portent d’ailleurs son nom. Pourtant, rares sont ceux qui peuvent, ne serait-ce qu’énoncer, un fait déterminant de sa vie. Qui donc était cet homme dont la générosité a été remerciée par une plaque commémorative ?

théodore ozenne

Théodore Ozenne, L’or et l’audace à Toulouse
Écrit par Marie-Christine Le Saux-Leblanc
Le Papillon Rouge éditeur
ISBN : 978-2-490379-22-4
19,90 €

 

Un hommage nécessaire

« Un banquier, un homme d’affaire, un mécène… Adjoint au maire, il favorise la formation des jeunes. » peut-on y lire. C’est réduire considérablement l’homme brillant, compatissant et à la sensibilité artistique qu’était Théodore Ozenne.théodore ozenne

Saviez-vous, par exemple, qu’il avait un amour pour l’art ? Les fleurs, les belles étoffes, la poésie et les tableaux… Qu’il a utilisé son statut pour défendre l’allègement des tâches des femmes et des enfants ? Qu’il n’a cessé d’ouvrir sa porte et son portefeuille à ceux qui le sollicitaient ? Qu’il est né à Paris en 1814 ? Qu’il a renié son père qui a laissé agoniser sa mère, seule et sans soin et s’est construit seul, à force de travail tout en respectant ses valeurs ? Qu’il a aimé Toulouse et qu’il a tenu à lui rendre ce que la ville lui avait offert comme possibilités ?

Au-delà de cet hommage nécessaire par la plume romanesque et captivante de Marie-Christine Le Saux-Leblanc, cette biographie offre une lecture éclairante sur les mœurs et les usages du XIXe siècle. Un ouvrage passionnant à lire et à offrir…

 

Au fil des pages, extrait

« En suivant dans le ciel la colonne de fumée, il se met à rêver à une femme. Elle porte un béguin blanc qui lui enserre la tête et le cou. Elle a des traits lisses et purs, très nobles, très beaux, presque irréels avec une chevelure éblouissante d’un blond vénitien. Elle regarde droit devant elle, perdue dans la contemplation d’on ne sait quoi. Elle porte la main sur le cœur et tient quelque chose de très petit mais qui semble précieux, il ne saurait exactement le décrire. Il fait un effort pour discerner cet objet et il se rend compte que ce qu’il prenait pour un objet est en réalité une tige qui soutient des pétales d’une couleur indéfinissable. Cela le trouble tellement qu’il sort de son assoupissement en gardant, cette fois, les yeux bien ouverts. »

Marie-Christine Le Saux-Leblanc est romancière et professeure de lettres au lycée Ozenne à Toulouse. Travaillant à partir de nombreuses archives, elle a mené une passionnante enquête qui nous offre aujourd’hui ce livre, première biographie romancée consacrée à « l’ange gardien » de la capitale languedocienne.

 

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire la biographie de Théodore Ozenne ?

Je travaille au lycée Ozenne, j’avais envie de découvrir ce personnage. Il y a quelques années, à l’occasion de la commémoration du bicentenaire de sa naissance, (1814), on avait monté, au lycée, un projet pour explorer la vie de cet homme et plus largement la vie toulousaine au XIXe siècle. Quand j’ai découvert toutes ses activités, cela a attisé ma curiosité. On a monté une exposition et j’ai été étonnée de voir que, même si un lycée et une rue lui doivent son nom, il n’y avait pas de connaissances à son sujet : peu de gens connaissaient sa vie. Sa personnalité est très, très, attachante par une certaine audace qu’il avait. Il était visionnaire dans ses méthodes. J’ai tout simplement eu envie de réparer cet oubli dans lequel il est tombé et de lui rendre hommage.

Pourquoi avoir choisi d’écrire une biographie romancée plutôt qu’une biographie ?

La biographie pure m’intéressait moins car c’est plus le travail de l’historien. Je me suis référée à l’unique existante, celle écrite par Paul Féron : Théodore Ozenne, mécène toulousain. Elle m’a permis d’établir la structure de mon ouvrage et d’y puiser une certaine forme d’inspiration. Entre deux dates, derrière certains noms, l’inconnu. J’ai eu plaisir à laisser cours à mon imagination et à broder à partir de faits.

Comment avez-vous mené vos recherches ?

Pour me documenter, j’ai beaucoup été à la Bibliothèque d’études et du patrimoine. J’ai travaillé avec la conservatrice, Jocelyne Deschaux, et avec la bibliothécaire Anne BERDEIL. C’est ainsi que j’ai assisté à une exposition Sur les traces du Toulouse disparu et que j’ai pu assister à une conférence sur Ozenne de Jocelyne Deschaux qui a mis à ma disposition certains documents comme les différents hommages des personnes qui avaient connu Théodore Ozenne mais aussi les écrits d’Ozenne sur l’un de ses rêves : le transport fluvial par le canal.

Toutes ces recherches ont été un véritable « travail de fourmi ». Il m’a fallu tout vérifier notamment le nom des rues, le nom des places. Le Toulouse du XIXe siècle n’avait pas la même configuration.

Racontez-nous comment s’est passée l’écriture…

La maturation a pris du temps. Le canevas était là grâce aux dates importantes qui jalonnent sa biographie, mais il m’a fallu près de trois ans pour écrire une première version du roman. Mon travail étant très prenant, j’écris uniquement durant mes congés. Par pudeur, j’en ai très peu parlé autour de moi si ce n’est à ma sœur et à mon frère qui sont correcteurs et qui ont été mes premiers lecteurs. Par la suite, mon éditeur, Hubert Delobette, m’a encouragée à réécrire certains pans, notamment la dimension psychologique des personnages. C’est ainsi que j’ai plus développé le personnage de Mélanie Ozenne, la femme de Théodore Ozenne… auquel je me suis profondément attachée.

En quoi la personnalité de Théodore Ozenne vous touche-t-elle ? 

théodore ozenne

C’est un homme qui se démarque de son époque, un homme qui a quitté l’école à 15 ans et qui s’est construit tout seul… un homme qui a une sensibilité artistique avec une passion pour les fleurs.

Théodore Ozenne était un homme de goût, cultivé et avec beaucoup de compassion pour son prochain. Il était sensible, notamment, aux conditions de travail de la femme et de l’enfant. Il a participé à l’allègement de leurs tâches.

Un prochain livre à venir ?

Une ébauche se dessine. Je suis un peu superstitieuse, je préfère ne pas en parler pour le moment…

 

Bibliographie :

– Théodore Ozenne, L’or et l’audace à Toulouse, Le Papillon Rouge éditeur, 2020
– De Lafilaire à Trois Cocus, Editions Du Net, 2013

 

 

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