Elle est loin, l’époque où la bande dessinée était considérée comme une forme d’expression artistique mineure… À la croisée de l’écriture littéraire et de l’art graphique, elle est désormais désignée comme le “neuvième art”. Bonne nouvelle, la ville rose en abrite de nombreux artistes. Parmi eux, un virtuose de la lumière et de la couleur :  MiKL

Peut-être avez-vous dévoré une de ses bandes-dessinées sans savoir qu’il y avait participé ? Peut-être êtes-vous tombé sous le charme de ses illustrations aux couleurs vibrantesRencontre avec celui qui a réalisé son rêve d’enfant.

 

Racontez-nous, comment en êtes-vous venu à travailler dans la bande dessinée ? 

MiKL : Je suis devenue coloriste par l’opération du Saint Esprit ou presque ! (Il rit). J’ai fait les beaux-arts à Toulouse et j’en suis sorti designer produit. J’ai toujours aimé la BD sans jamais vraiment y songer sérieusement et j’ai été embauché en sortant de l’école dans une boite où je faisais des rendus 3D pour des produits de téléphonie mobile. En 2007, l’évolution de la téléphonie a provoqué la chute de mon entreprise et j’ai été viré. Beaucoup de questions se posaient alors et j’ai voulu faire de cette expérience une opportunité.

 Mon parrain connaissait très bien Coyote dont j’avais lu toutes les BD et dont j’admirais énormément le travail. C’est grâce à mon parrain que j’ai donc rencontré mon “Yoda” en 2005. En 2007, alors que j’étais nouvellement au chômage, je lui ai demandé un rendez-vous pour une évaluation de mes créations : il était important pour moi d’avoir l’appréciation honnête d’un professionnel que j’estime et de bénéficier de son œil analytique et sans concession. Je l’ai rencontré en juillet dans un café à Toulouse et je lui ai montré mon book. L’angoisse montait au fur et à mesure qu’il feuilletait silencieusement, puis il m’a dit « c’est amusant, tu poses les couleurs un peu comme moi… Je cherche un coloriste pour Litteul Kevin, j’en ai déjà testé six avec lesquels ça n’a pas fonctionné, ça te dirait de faire un essai…? ». 13 ans plus tard, je suis toujours coloriste, grâce à Coyote ; jamais je n’aurai imaginé cela dans mes rêves d’enfant !

Comment travaillez- vous ? Que dit-on… Coloriage ? Colorisation ?

MiKL : Colorisation. Disons que quand ton banquier ou ton futur propriétaire te demande ce que tu fais dans la vie, ça fait plus sérieux de dire « je fais de la colorisation de bandes-dessinées » que « je fais du coloriage » (rire). Après, c’est un métier qui demande énormément d’autodiscipline, de s’imposer un rythme même s’il peut être dilué. J’aime travailler la nuit par exemple, quand ma famille est couchée, au calme. Je travaille chez moi, j’ai un bureau dédié. J’utilise une Cintiq, c’est un écran-tablette sur lequel on peut peindre comme un peintre sur sa toile. C’est une habitude de travail très confortable. J’ai tendance à savoir tout de suite où aller, et pour la réalisation je travaille avec des brushs (des pinceaux numériques), des nuanciers et toute une gamme d’outils qui me permet d’aller vers des matières plus ou moins granuleuses, plus ou moins marquées, plus ou moins réalistes en fonction du type de BD. Pour que la colorisation puisse être “rentable”, la réalisation d’une page doit tenir en une journée en moyenne, parfois une journée et demi si elle contient beaucoup de détails. 

Comment décririez-vous le métier de coloriste ?

MiKL : Être coloriste, c’est un peu être la nounou de la BD : on attend d’une nounou qu’elle apporte à votre bébé ses compétences, connaissances et valeurs tout en respectant vos principes. Coloriser une BD, c’est un peu pareil : un équilibre entre ce que veut l’auteur et ce que peut apporter le coloriste, ce à quoi a pensé l’auteur lorsqu’il l’a dessinée et ce à quoi moi je pense en y mettant de la couleur. Par exemple, quand j’ai commencé à travailler avec Coyote sur Litteul Kevin, s’est très vite posée la question de la couleur des motos. Pour celle de Dan, un ancien béret vert, le kaki s’est naturellement imposé. Pour la chambre des parents de Kévin, en revanche, j’ignorais totalement où aller. J’ai donc demandé à Coyote, qui m’a répondu qu’il la dessinait en noir et blanc depuis des années mais qu’il n’avait aucune idée de quelle couleur elle pouvait être. Dans pareille situation, c’est à moi d’apporter ma patte et ma sensibilité.

L’actualité est riche pour MiKL avec la sortie de deux albums récemment : Louis de Funès, drôles de vies ! chez Rayclame et l’intégrale de Psykoparis chez Soleil.

 

Louis de Funès, drôles de vies ! Edité par Rayclame

Une jolie découverte, passionnante et instructive. Une BD qui retrace avec brio et humour la vie de l’un des plus grands comiques français. Une mise en images sensible et tendre de Louis de Funès où son fils, Olivier, signe la préface. 

 

« Louis de Funès, Drôles de vies » semble avoir une valeur particulière pour vous…

 MiKL : Oui ! C’est la première fois que j’encre le dessin de tout un album en plus d’en faire la couleur. D’ailleurs au début, cela a été une grande panique… Le syndrome de l’imposteur  ! (Il rit)

C’était une aventure géniale car c’est la collaboration d’une bande de potes avec les amis Rodrigue  et Carrère, le tout sous la houlette de Grégoire Hacot.

Il fallait trouver le bon trait car le jeu de De Funès pouvait être très volubile, souvent caricatural. Il a d’ailleurs été énormément caricaturé mais une caricature n’est pas faite pour être animée. Il fallait trouver l’équilibre entre l’évocation des films et les parties plus narratives : un personnage un peu plus réaliste, comme celui d’un grand-père qui s’adresse à des petits enfants. On ne voulait pas aller dans le côté clown. Michel a fait un énorme travail sur le scénario et la documentation. L’avantage est qu’on était en permanence en communication avec le Musée Louis de Funès. Olivier de Funès et Nora Ferreira (la directrice du Musée Louis de Funès de Saint-Raphaël) pouvaient nous aiguiller. Un travail colossal a été réalisé en un temps très court pour synthétiser cette vie riche et passionnante. Au final, il y a presque une anecdote par case !

Les délais étaient très courts. Michel (Rodrigue) a écrit le scénario, Serge (Carrère)  a fait les crayonnés et moi j’ai fait l’encrage et la couleur. C’est la première fois que je passe du côté dessin en plus de la couleur… Ici, un rendu aplat / lumière et ombrage très franc, avec des couleurs gaies et pleines d’énergie pour coller à celle de De Funès.

 

Et puis  Psykoparis chez Soleil

Vous aimez les multivers ? Tarantino ? Les mangas ? Les comics ? Bienvenue dans un Paris apocalyptique ! À Psykoparis !

Ici, on respire bien : pas de voiture. Mais on ne respire pas longtemps : chacun peut trancher son prochain en rondelles aussi fines que celles d’un saucisson. L’arme blanche est un accessoire indispensable que les enfants apprennent à manier dès leur plus jeune âge.

Complètement barré, sanglant, violent et bourré d’humour… Un défouloir jubilatoire.

 

PSYKOPARIS est également une BD dont vous êtes très fier…

MiKL : Effectivement. Psykoparis est une incroyable aventure. La première partie était sortie il y a dix ans déjà. Pas un immense succès commercial mais un succès d’estime avec une vraie fanbase qui n’a cessé de demander la suite. Ce sont les lecteurs qui ont porté le projet et qui ont insufflé la volonté de clôturer l’album.

Cette colorisation a été faite dans une période sombre sur plusieurs plans, ça n’allait pas fort et elle a été cathartique pour moi mais aussi pour Tristan Roulot et Corentin Martinage. On a tout donné et on est ravis que ce format intégral donne une vraie valeur ajoutée. Cette bande dessinée m’a redonné confiance en moi.

A l’époque je travaillais sur Hedge Fund avec Tristan, la collab’ se passait super bien. Les coloristes du premier tome de Psykoparis, Jean-Noël Le Moal et Julie Poupart, n’étaient pas disponibles pour la suite. J’ai fait une page de test où j’ai perdu 2/10e à chaque œil car il y avait énormément de détails mais j’ai réussi à reprendre les bases de Jean-Noël. Il ne fallait pas qu’il y ait une énorme dichotomie, j’ai tendance à aller vers beaucoup de lumière alors que jean-Noël pousse un peu plus les ombres. Il fallait de la matière tout en gardant l’état d’esprit assez manga du dessin, et surtout de l’énergie un peu partout. Et puis traiter la violence de manière fun, sans tomber dans le glauque ou le sordide… 

L’intégrale est sortie pour les 10 ans du premier tome.

Coloriste BD, illustrateur, graphiste ©MiKL

 

Des projets à venir…

MiKL : Plein !

  •  Une BD sur Roquebrune-sur-Argens en collaboration avec Michel Rodrigue et Jean-Luc Garréra, bourré de gags, très léger, divertissant et instructif.
  • Le tome 2 d’Urbex, dont le 1er tome paraîtra début septembre aux Éditions le Lombard avec Vincent Dugomier au scénario et Frédéric Clarke au dessin. 
  • Le tome 2 de Loser Jack chez Bamboo, une BD pour enfants avec laquelle je me régale, tout y est gai, sympa et rigolo. Et puis ça me permet de travailler avec mon Ami Michel Rodrigue, sans oublier Erroc.

 

 

Et puis quand MiKL se présente :

Je contribue très largement à la bonne tenue de l’action RedBull.
J’écoute principalement du métal. Ça fait secouer la tête. Ça me rappelle le temps où j’avais des cheveux… (rire)
Mon surnom m’a été donné en 1998, et je n’ai jamais été animateur radio.
Je suis arachnophobe et bélonéphobe.
Je suis né l’année où Elvis et Goscinny sont morts. Coïncidence ? Je ne crois pas !
Je trouve que Dark Vador est encore plus classe que Georges Abitbol.

 

Ô Toulouse 

Toulouse c’est … Euh… Rose ?
Tout simplement : Ah, la simplicité, va falloir que je m’y intéresse, ça a l’air cool comme concept.
Un mot : Ornithorynque. Le mot est aussi chelou que la bestiole. Après, ça ne court pas les rues dans Toulouse, je reconnais…
Une émotion : Saudade
Un souvenir : Les soirées Dark Entries au Bikini, organisées par des amis et tellement tellement géniales. Elles me manquent beaucoup, et je sais que je ne suis pas le seul.
Un lieu : Le Bikini. J’y ai laissé de la sueur et quelques cervicales à force de headbanger…
Un restaurant : Deux, en fait. Le Sandibad, un merveilleux libanais rue Amélie, et le très très très très très très (…) regretté Carson City à Saint Cyprien.
Un coup de cœur : Le quartier de la Daurade. J’y ai pas mal traîné pendant mes années aux Beaux-Arts, et c’était vraiment chouette. Et puis c’est là qu’habitait Coyote…
Une phrase : « Tenez-vous loin des gens négatifs : ils ont un problème pour chaque solution. » (Albert Einstein)

 

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Chronique et propos recueillis par Eva Kopp