Chronique et propos recueillis par Eva Kopp

Vincent Lahouze nous avait bouleversés avec son premier roman Rubiel e(s)t moi, nous attendions avec impatience son deuxième roman et sa plume hypersensible qui fait chavirer l’âme et les cœurs. Préparez-vous à un KO, Quartier libre est un livre-uppercut dont on ne sort pas indemne. Après l’avoir lu d’une traite, ses personnages continueront à vous hanter, peut-être même les croiserez-vous au détour d’une rue à Toulouse

QUARTIER LIBRE

Ecrit par Vincent Lahouze
Aux Éditions Michel Lafon
ISBN 978-2-7499-3897-4
2304 pages

 

Prenez une profonde respiration, plongée en apnée dans la France des quartiers, direction Le Mirail où la violence quotidienne, l’espoir et le désespoir marchent main dans la main. Témoignage déguisé ou roman trop réel, la frontière entre réel et imaginaire est floue, vaporeuse et mouvante. Quartier libre confirme le talent de Vincent Lahouze qui enferme le lecteur dans la cité, sous la chape de plomb de ses mots. Tempête d’émotions en vue avec cette immersion dans une société dans la société, prison à ciel ouvert avec ses codes, ses usages et ses règles. Un livre coup de poing qui ne vous laissera reprendre votre souffle (coupé) qu’après avoir tourné la dernière page.

 

4e de couverture :

« Février 2017, Olivier, éducateur d’une trentaine d’année, assiste à la veillée funèbre d’Ismahane, qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Ismahane l’insolente, la libre et charismatique, Ismahane s’est suicidée à la veille de ses seize ans. Pour lui rendre hommage et pour tenter de comprendre son geste inconcevable, il décide de mener l’enquête : l’occasion pour lui de revenir sur ses débuts – chaotiques – dans ce quartier difficile de la banlieue de Toulouse. Un quartier régi par ses propres lois qui vous broie et vous recrache aussi bien qu’il peut vous porter. »

Extrait :

 » Au milieu des gens qui vont et viennent en silence dans l’appartement, le père d’Ismahane se penche vers Olivier. D’une voix grave mais nouée par l’émotion, il lui dit.

– Tu ne peux pas guérir dans l’environnement qui t’a rendu malade. C’est impossible.

Olivier ne répond pas, il se contente de hocher la tête, tout en l’observant discrètement. Le patriarche est si digne dans la douleur. Si digne dans le deuil, habillé d’une djellaba sombre qui contraste avec les murs blancs. La journée a été éprouvante, mais il reste droit. Puis, un peu comme pour lui-même, il chuchote en faisant peser lourdement sa main sur son épaule.

– Un papa ne devrait pas enterrer son enfant. Ce n’est pas logique. Ce n’est pas dans l’ordre des choses. Jamais. Qu’Allah me prenne sa place s’il le désire, mais qu’il me rende mon enfant.  »

 

Entretien avec Vincent Lahouze

© Marie Bartois

Racontez-nous l’écriture de Quartier Libre ?

VL : Après avoir sorti Rubiel e(s)t Moi, je n’étais pas sûr de vouloir et surtout, d’être capable d’écrire un second roman. Je croyais, naïvement, avoir fini ce que j’avais à dire.

Et puis, le succès de cette première publication a débouché sur une proposition de second contrat avec ma maison d’édition. Je n’ai pas hésité longtemps même si je me demandais bien ce que j’allais pouvoir écrire… Il était hors de question que je fasse une suite à Rubiel, c’était impossible quant à la fin du récit, selon moi. Mais du coup, qu’allais-je bien pouvoir raconter aux gens ? Et puis, un soir, après avoir discuté avec le célèbre Olivier Norek sur la genèse de ses romans (aux Editions Michel Lafon aussi, allez le lire, c’est de la dynamite, un véritable Impact, vraiment 😉 ), un soir donc, j’ai eu une révélation. J’avais parlé dans le premier roman de ma vie passée, mes amis, mes amours, mes emmerdes, j’avais raconté ma vie privée, sentimentale, familiale… Mais je n’avais fait qu’effleurer du bout des doigts sur le clavier, ma vie professionnelle… Cela m’a frappé de plein fouet. Plus de 12 ans dans le social, surtout dans les ZEP (zone d’éducation prioritaire), ça méritait bien d’en faire un roman, non ? J’avais mon sujet, je n’avais plus qu’à.

 

Il y a plusieurs interprétations au titre, comment l’avez-vous choisi et pourquoi ?

VL : Je commence toujours un récit, court ou long, par le titre. Et étant friand de jeux de mots, je m’efforce qu’il soit interprété de plusieurs manières différentes. Le titre Quartier Libre s’est imposé très rapidement, il m’était indispensable que le mot « quartier » soit là, la notion de liberté aussi… Et cette expression est parfaite, être affranchi des codes… Alors voilà, ça a donné Quartier Libre, pour raconter la vie dans ces endroits qu’on fantasme à travers un écran, que l’on craint, que l’on ignore aussi, beaucoup trop, raconter la vie de ces habitants, de ces jeunes que l’on laisse sur le bas-côté de la route de la vie.

 

Comment votre expérience en tant qu’animateur et directeur de CLAE à Toulouse a nourri l’écriture de ce roman ?

V L : Si je n’avais pas fait ces métiers durant plus de 12 ans, jamais je n’aurais pu écrire Quartier Libre. Il me fallait vivre de l’intérieur pour pouvoir le raconter, le plus fidèlement possible. Comme pour Rubiel e(s)t Moi, une très grande partie de ce roman est autobiographique. Comme Olivier, je suis arrivé à Toulouse à l’âge de 20 ans, à Toulouse, sans trop savoir pourquoi, quoi faire de ma vie. A la différence du protagoniste principal du roman, j’avais un DUT en poche, cependant, mais oui, je ressemble beaucoup à Olivier à mes débuts, inexpérimenté, maladroit, sanguin, égoïste puis altruiste. Sans dévoiler l’histoire de Quartier Libre, bon nombre de personnages dans le roman existent dans la réalité, presque toutes les situations, les dialogues ont été vécus, (sauf les morts, heureusement !) Mais oui, ce livre est un hommage à nos métiers de travailleurs sociaux, un hommage à ces enfants, ces adolescents que j’ai croisé durant des années, un hommage aux quartiers, à ces destins que l’on voudrait tracés mais qui parfois dévient… J’aurais pu faire de Quartier Libre un témoignage personnel, en me mettant en scène en tant que Vincent… Mais il me semblait plus pertinent d’en faire une fiction, de partir d’un fait divers arrivé il y a quelques années à Toulouse, et de glisser mes propres expériences entre les lignes…

 

Quels sont les retours des lecteurs qui vous touchent le plus ?

VL : Il y a une remarque que j’aime recevoir après la lecture de mon roman, ou du moins une réflexion qui revient souvent, c’est quand la personne se rend compte d’une autre réalité, un autre quotidien qui est dépeint dans les médias, dans les journaux. Je suis heureux quand on me dit, « ah donc c’est aussi cela les quartiers », quand tout à coup, on a moins de préjugés. C’est ma petite victoire personnelle.

 

Une adaptation ciné en vue ?

V L : Alors, je dois avouer que j’aimerais beaucoup ! Je pense qu’en lisant Quartier Libre, on voit chaque scène comme si on y était, de par son authenticité sûrement. Il y a une approche quasi cinématographique dans ce roman, de fait, ce serait un honneur que de le voir sur un écran, de télévision ou de cinéma. Qui sait, qui sait… On croise les doigts.

 

Des projets créatifs ?

V L : Bien que la situation sanitaire ne soit pas très favorable pour les auteurs, Quartier Libre fait son petit bonhomme de chemin et j’en suis très heureux. Et du coup… il semblerait que les éditions Michel Lafon ont envie de continuer avec moi, puisque je suis en train de travailler sur un éventuel roman 3… Suspense ! Quant au reste, j’écris quelques chansons par ci par là, mais je ne sais pas trop encore ce que je veux en faire, on verra bien. Entre mes petits textes sur mon Instagram et sur Facebook, je suis tout de même bien occupé niveau créations !

 

Vous habitez Genève depuis quelques semaines, quelles sont pour vous les différences les plus marquantes entre Toulouse et Genève ?

VL : Le climat ? Plus sérieusement, malgré le fait que nous soyons aussi en semi-confinement et que je n’ai pas encore repris le chemin du travail (social de préférence), j’ai pu constater quelques différences assez flagrantes. La plus incroyable étant la sécurité. Je vis à côté d’une école primaire, il n’y a pas de portail, les enfants peuvent sortir comme ils veulent, le soir ou le week-end, ils reviennent jouer dans la cour avec leurs parents (ou seuls). Il n’y a pas de plan Vigipirate, pas d’alerte attentat… Je sais que cela devrait être normal, mais je n’ai pas été habitué à cela à Toulouse…

 

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Ô Toulouse

Toulouse c’est …

Tout simplement : LA VILLE ROSE
Un mot : CHOCOLATINE
Une émotion : La place du Capitole noire de monde le soir des attentats de Charlie Hebdo.
Un souvenir : Les nombreuses nuits blanches sur les quais de la Daurade quand j’étais plus jeune
Un lieu : Le Bikini
Un restaurant : Les Fils à maman !
Un coup de cœur : Le quartier où je travaillais, Bagatelle
Une phrase : « Ici, même les mémés aiment la castagne »

 

Vincent Lahouze, un talent littéraire à Toulouse !

Chronique et propos recueillis par Eva Kopp