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Au Boudu Livre – Petite chronique littéraire par Eva Kopp, journaliste, auteure et chroniqueuse littéraire.

Fantine Gautier est comédienne. Elle mène une vie d’artiste insouciante, jusqu’à ce dimanche matin où elle découvre une lettre anonyme sur le pas de sa porte. À ce moment précis, elle ne le sait pas encore, mais sa vie est sur le point de basculer. Marc Cohen la convoque la semaine suivante au commissariat de son quartier. L’homme lui apprend une disparition, mais pas n’importe laquelle…

  DOUCE ESQUIVE
Écrit par Aurora Victor
#premierroman
Les Presses Littéraires
ISBN : 979-10-310-1003-8
191 pages
15,00 €

 

Un premier roman engagé

Un premier roman, c’est toujours émouvant. Les lectures sont multiples, la passion s’y devine. Chaque page délivre de nombreuses heures d’écriture et de réécriture. Les interprétations et les questions se bousculent parfois. Dans un style qui est le sien, Aurora Victor s’affranchit des conventions de l’écriture et offre un roman engagé, made in Toulouse, pour celles qui n’osent pas parler.

Au fil des pages, extrait :

« Fantine vit avec l’un de ces secrets qui perfore le cœur, la poitrine, les poumons, l’un de ces non-dits qui atrophient les organes, la pensée, l’esprit. Une fine larme s’échappe de son œil droit puis coule sur sa joue, elle l’essuie instantanément. De la poche de son jeans, la gorge nouée par la rage, en tremblant, Fantine extirpe une cigarette aplatie. Elle la glisse entre ses lèvres sans la consumer. De l’autre côté de la voie, les rares voitures qu’elle croise allument leurs phares. La nuit, ce soir, accentue l’état de la jeune femme. Elle a quelque chose d’insaisissable dans le regard, une chose qui vient de loin, comme si elle avait eu plusieurs vies. On peut lire beaucoup dans ses yeux, notamment trois sentiments, trois émotions qu’elle connaît bien et qui la prennent souvent en otage, terreur, tristesse, colère. »

© Amandine Hugon

Entretien avec Aurora Victor, une auteure empathique et sensible

Comment est né Douce Esquive ? 

Sur les montagnes russes de l’émotion ! Je venais de quitter mon emploi, j’avais besoin de m’isoler, de tourner une page en écrivant. Je suis retournée dans mon village d’enfance, à Bruniquel. C’était en 2018, la vague #metoo se déversait sur le monde entier et la parole se libérait. J’ai été profondément touchée et interpellée par le nombre de jeunes femmes victimes d’abus sexuels, ne serait-ce qu’autour de moi. J’ai ressenti le besoin de les défendre symboliquement, par l’écriture.

Fantine, l’héroïne de Douce Esquive, a une sœur jumelle. C’est un choix peu commun de personnage…

Peut-être que c’était pour représenter différentes facettes des femmes qui m’ont interpellée ? Je construis mes personnages comme l’on constitue des puzzles. J’utilise les qualités et les défauts des gens qui m’entourent, puis l’imagination fait le reste…

Pour vous, écrire c’est …

Une nécessité. J’ai commencé à écrire à l’adolescence, avec un journal intime comme exutoire. Une dizaine d’années plus tard, je me suis retrouvée en Thaïlande, dépouillée de tout, jusqu’à mes papiers d’identité. Là-bas, lorsque je n’avais plus qu’un carnet et un stylo dans les poches, j’ai entamé une fiction. Il a fallu que j’aille à l’autre bout du monde pour comprendre que j’étais écrivaine. Ce voyage a été un révélateur qui a nourri ma créativité.

Comment écrivez-vous ?

J’ai écrit Douce Esquive principalement la nuit, directement sur ordinateur. J’ai d’abord composé le « squelette ». Puis je lui ai donné les formes… Les réécritures ont eu lieu le jour. Je travaille actuellement sur mon deuxième roman et cette fois-ci, j’écris sur papier et de jour. La démarche est intéressante, car elle m’amène vers d’autres horizons, des émotions plus brutes de décoffrage.

Pouvez-vous nous parler de ce deuxième roman

Douce Esquive est un roman à suspens avant d’être un roman engagé, mais il s’agit tout de même d’un roman engagé. Mon second roman sera, je l’espère, encore plus engagé. J’y aborderai le thème de la transmission générationnelle.

Un rituel d’auteure ?

Écouter de la musique juste avant d’écrire. Ou écrire sur n’importe quel support ! J’ai parfois des pulsions d’écriture, par exemple, dans le bus ou en attendant le train, alors je griffonne une idée sur le ticket Tisséo ou sur le billet SNCF. Dans d’autres circonstances, cela peut être sur une liste de course, un ticket de caisse… Toutes ces idées finissent dans une boîte à idées, ma boîte de Pandore, dans laquelle je vais puiser de temps en temps mon inspiration.

Il y a des romans qui laissent une empreinte. Y a-t-il un livre qui vous influence au quotidien ?

Le Dernier Jour d’un condamné de Victor Hugo, L’Étranger ou Les Justes de Camus, L’Herbe des nuits, de Patrick Modiano, Oh… de Phillippe Djian, Une chambre à soi de Virginia Woolf… Dernièrement, j’ai été interpelée par le témoignage de Gisèle Halimi avec Annick Cojean… Une farouche liberté.

 

 

illustration-toulouse

Ô Toulouse

Toulouse c’est : des bains de soleil en décembre, des nuits interminables en juin, beaucoup d’humanité, la capitale d’une région magnifique, une ville à proximité de tout (de l’océan, de la mer, des campagnes, de la montagne).

Une émotion : La spontanéité.

Un défaut : La gourmandise.

Une qualité : La gourmandise.

Un souvenir : La vie d’avant.

Un lieu : L’observatoire de Pech David et son point de vue.

Un restaurant : Le Point d’Ogre

Un plat : Les profiteroles du Point d’Ogre.

Un coup de cœur : Le quartier des Carmes.

Attention, question piège, chocolatine ou pain au chocolat ? Chocolatine.

Enfin, une phrase : Liberté, j’écris ton nom.

 

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