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Jusqu’au 24 février, l’espace EDF Bazacle accueille une exposition de photos de Germaine Chaumel, photographe toulousaine talentueuse mais quelque peu oubliée qui a immortalisé Toulouse du Front Populaire à la Libération. Des images conservées et sélectionnées par les Archives municipales.

A Toulouse, c’est tout juste si l’on connaît son nom. Germaine Chaumel, née en 1895 et décédée en 1982, a pourtant été l’une des photographes les plus « pointues » de l’entre-deux guerres et son travail est comparable à celui d’un Willy Ronis. Elle a été l’une des pionnières de ce que l’on a appelé « la nouvelle vision ». Portraits, scènes de rue, photos de pub et reportages, elle a pratiqué tous les genres photographiques entre 1935 et 1950.

Germaine Chaumel est née dans une famille d’artistes en 1895 : sa mère était pianiste, son père passionné par la peinture et son oncle, déjà photographe. Elle fait elle-même de brillantes études au Lycée Saint-Sernin, où elle montre déjà des dispositions pour le dessin et les arts plastiques. Elle épouse ensuite M. Chaumel, qui tient un magasin de luminaires et d’électricité rue du Rempart Saint Etienne. Mère de deux enfants, elle ne s’imagine pas pour autant en femme au foyer. Dès les années 30, après avoir été successivement dessinatrice, pianiste et même chanteuse lyrique sous un pseudo, elle s’intéresse à la photo et adhère au photo-club toulousain où elle acquiert les bases techniques du métier. Autodidacte, elle se forme aussi en regardant les photos de Man Ray ou de Brassaï.

Toute la bonne société toulousaine

Dès 1936, cette passion est si prenante qu’elle transforme l’appartement toulousain de la rue Croix Baragnon en studio photo. Les clients attendent dans le vestibule, le salon devient son atelier et elle fait les tirages dans sa salle de bain. Toute la bonne société de l’époque se fait tirer le portrait chez Madame Chaumel. Elle photographie ses proches, mais aussi des artistes du Théâtre du Capitole, des danseuses et des militaires. Les portraits de Germaine Chaumel témoignent du goût de l’époque (et des fameux studios Harcourt) ; elle travaille sur les ombres et la lumières, dévoile des modèles aux épaules dénudées, le regard vers le lointain. Mais au-delà du phénomène de mode, ses photos montrent une grande qualité de composition. Elle s’adonne aussi à la photo de mode et de publicité, ce qui nous vaut de voir ses photos d’accessoires : sacs, gants, chaussures et chapeaux…

Curieuse et insatiable, elle se lance aussi dans le reportage et ses photos sont diffusées dans des journaux régionaux comme La Dépêche, l’Express du Midi, La Garonne et le bulletin municipal de Toulouse. Elle devient même correspondante pour la région du célèbre New York Times et de son agence photo, Wide World Photos. Une boulimie de travail, qui, à partir de 1940, devient une nécessité. Son mari ayant été fait prisonnier, elle se retrouve seule avec deux enfants à charge. Le goût du reportage fera le reste. Elle pose, sur le quotidien des Toulousains, un regard d’un humanisme exceptionnel et d’une grande sensibilité. 

Témoin de la Retirada et de l’Occupation

Alors qu’elle avait commencé à travailler pour des journaux sur les faits divers et les manifestations sportives, Germaine Chaumel va vite s’intéresser à une autre actualité : elle va témoigner des événements marquants de Toulouse. Photo-reporter, Germaine Chaumel s’est trouvée à travailler pendant une période bien particulière de l’histoire de France et de Toulouse, qui va du Front populaire à la Libération. Elle a également couvert la Retirada et l’arrivée des Espagnols à Toulouse avec des photos pleines d’émotion et d’empathie. Mais aussi l’occupation allemande à Toulouse. C’est l’une des rares photographes à avoir pu exercer son métier pendant ces années de guerre. Ce qui lui vaudra parfois d’être comparée à Lee Miller, autre photographe de l’Occupation.

A côté de son travail journalistique, Germaine Chaumel a toujours voulu avoir une activité artistique : elle participe à des salons, envoie des photos à des concours et expose jusqu’en 1951 au salon des Artistes Méridionaux. Ses travaux reposent alors sur des portraits, des nus et des natures mortes dont la facture paraît aujourd’hui encore très moderne. Elle fonde aussi avec d’autres photographes le Cercle photographique des XII, avec lequel elle montre son travail à Paris ou dans des expos internationales. Elle y fera même entrer le jeune Jean Dieuzaide. Cette participation lui permet d’engranger des récompenses, dont, modeste, elle ne fera jamais étalage, et de rencontrer d’autres photographes. A parti r des années 50, Germaine Chaumel abandonne le photo-reportage et se consacre au portrait et à la mode avant d’abandonner tout à fait cette activité.

La famille de Germaine Chaumel a conservé le fond photographique de l’artiste, soit plus de 20 000 négatifs et 10 000 photos et l’a déposé provisoirement aux Archives municipales de Toulouse, qui ont réalisé cette exposition pour EDF-Bazacle.

 

Jusqu’au 24 février, du mardi au dimanche de 11h à 18h, à l’Espace EDF Bazacle, 11 quai Saint-Pierre. Gratuit.