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T.M. : Comment êtes vous devenu entraîneur des lignes arrière au Stade Toulousain ?

J.-B.E. : Guy Novès (le manager du Stade, ndlr) a commencé à m’en parler durant la saison 2009-2010, il m’a m’invité à réfléchir à l’opportunité de le rejoindre dans le staff. J’avoue avoir été très étonné d’autant que je disposais encore d’un an de contrat. J’ai alors pesé le pour et le contre pour finir par prendre ma décision à la sortie du Tournoi des VI-Nations.

 

Vous mettez un terme à votre carrière sur un troisième succès en coupe d’Europe. Etait-ce le bon moment pour arrêter ?

Oui, je le pense. Continuer m’aurait, peut-être, permis de gagner un titre supplémentaire…Quant à la Coupe du Monde, je n’y croyais guère. Cette proposition constituait, en outre, une belle opportunité pour assurer la transition avec la suite. Je me suis, enfin, toujours imaginé en tant qu’entraîneur ou éducateur.

Quel bilan tirez-vous de cette première année ?

Sportivement, il est positif puisque nous avons été champions. Humainement, cela a été dur. J’ai eu énormément de travail entre le diplôme d’Etat supérieur et l’apprentissage de mon nouveau rôle : je voulais tellement prouver à tout le monde que je le méritais…J’ai également trouvé que la gestion des hommes n’était pas simple.

 

C’est-à-dire ?

Dire la vérité à un joueur constitue parfois un moment délicat, comme lorsqu’il a fallu dire à Yannick Jauzion ou à Florian Fritz qu’ils ne joueraient pas des matchs de phase finale, de championnat ou de H-Cup. Dans ces cas-là, il n’existe pas de « bons » mots. C’était d’autant plus compliqué que nous étions partenaires quelques mois auparavant.

Une distance est-elle nécessaire pour bien clarifier les responsabilités ?

En effet, elle est même indispensable même si le club reste une grande famille. Certains joueurs, l’an passé, m’ont parlé comme si j’étais encore leur copain de golf. Du coup, j’ai compris qu’il n’était plus possible que je continue à les fréquenter autant en-dehors du terrain. Ceci étant, dès l’instant où tu passes de l’autre côté de la barrière, tu n’es plus perçu de la même manière et vice-versa.

Comment parvient-on à faire accepter ses choix ?

En essayant d’être le plus objectif et honnête possible, et surtout en l’étayant d’un argumentaire précis et détaillé, montage vidéo à l’appui. Le Stade Toulousain disposant, par ailleurs, d’un effectif très important, il faut parvenir à convaincre les joueurs de la nécessité du turn-over.

 

Même si celui-ci peut desservir la carrière internationale d’un joueur ?

Nous avons, bien entendu, conscience de fragiliser la position d’untel ou untel en ne l’alignant pas sur des matchs clés de fin de saison. Mais mon problème, ce n’est pas l’équipe de France. J’observe, du reste, qu’un joueur comme Clément Poitrenaud, aligné systématiquement l’an passé, n’a pas été retenu pour la Coupe du Monde…

A propos de la Coupe du Monde, a-t-il fallu regonfler le moral des « oubliés » ?

Paradoxalement, on a davantage du gérer ceux qui étaient dans la liste car ils avaient l’esprit loin du club. Pour les autres, il s’agit de grands compétiteurs pour lesquels le terrain est un formidable exutoire pour prouver qu’ils avaient le niveau pour aller en Nouvelle-Zélande.

 

Revenons-en au métier d’entraîneur. Les victoires, ou les défaites, sont-elles vécues de la même manière ?

Non. Un joueur ne va repenser au match que deux jours après et sa réflexion va essentiellement porter sur sa prestation. Entraîneur, c’est non-stop. Même quand l’équipe gagne, on est sans cesse dans la recherche du mieux. Chaque match est une remise en question.

 

Quelles sont les satisfactions ?

L’aboutissement c’est lorsque les joueurs parviennent à réintégrer dans le rugby les données que l’on a travaillé ensemble pendant la semaine. Cette maîtrise requiert une intelligence du jeu que l’on travaille inlassablement à l’entraînement.

 

Quel a été le moment le plus fort de votre nouvelle carrière ?

Je crois que c’est lorsqu’ils ont soulevé le bouclier de Brennus en juin dernier. La progression de l’équipe est une satisfaction longitudinale, alors que le bonheur des joueurs ce jour là m’a fait oublier tous les tracas de compositions d’équipe, au-delà des statistiques. A ce moment-là, je me suis dit que j’avais certainement fait plus de bons choix que de mauvais.

 

Les premiers pas du All-Black Luke Mc Allister ont été étincelants. Il va encore y avoir de l’embouteillage à l’arrière cette année, avec le retour des mondialistes…

Mc Allister a, en effet, démontré qu’il était un grand joueur de rugby en comprenant très vite une partie de nos systèmes de jeu. Son état d’esprit est, par ailleurs, extrêmement positif : il a envie de tout donner au club.

 

Quels sont les objectifs du Stade Toulousain cette année ?

Mieux joueur au rugby, trouver des solutions pour dérouter l’adversaire. Et gagner, bien sûr, même si c’est un exploit d’y parvenir chaque saison. J’insiste là-dessus : les gens sont très gâtés et ne comprennent pas si nous ne nous qualifions pas pour la finale tous les ans. Mais cela devient de plus en plus difficile !