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Le projet d’écoquartier de la Cartoucherie, qui est entré dans sa phase décisive, entend réinventer l’habitat urbain de demain. Ou comment concilier intensité du bâti, écologie et cadre de vie préservé.

Le premier grand écoquartier de Toulouse intramuros est en marche. Située le long de l’avenue de Grande-Bretagne, sur l’ancien site du manufacturier militaire Giat, La Cartoucherie doit s’étendre sur 33 hectares et accueillir à terme 3 100 logements, 10 000 m² de commerces, une zone d’activés tertiaires de 90 000 m² et nombre d’équipements publics. Un chantier d’envergure qui doit mener à l’horizon 2020. « Ce sera certainement l’écoquartier le plus vaste et le plus ambitieux. Il doit répondre à trois défis majeurs : l’écologie, le logement, et la définition de ce que sera notre métropole demain », a expliqué le député-maire de Toulouse Pierre Cohen lors de la présentation officielle du projet.

Mais le tout premier enjeu se sera situé en amont, avec la dépollution de cet ancien site industriel. Car si le Giat, en tant que vendeur, avait assuré un premier chantier en ce sens, la municipalité a également dû mettre la main à la pâte. Notamment sur la partie qui avait accueilli provisoirement le dépôt de bus de la Semvat (l’ancienne régie des transports), suite à la destruction du site de Langlade par l’explosion de l’usine AZF. Un coût non négligeable pour la mairie, d’autant qu’il s’ajoute aux 29 millions d’euros déboursés pour acquérir le terrain.

Ouverture sur la ville

Cette évolution a été confiée à l’architecte Bernard Paris et au paysagiste Alain Marguerit, chargés d’imaginer la Cartoucherie, tandis qu’en parallèle une vaste concertation a été engagée auprès des habitants et des différents acteurs impliqués. Un dialogue instauré dans le cadre d’une totale remise à plat de ce projet initialement lancé en 2006 sous la mandature de Jean-Luc Moudenc.

« La première mouture avait pour principal défaut de refermer le quartier sur lui-même », analyse Régis Godec, adjoint au maire de Toulouse en charge des écoquartiers. Consigne a ainsi été donnée aux deux urbanistes de penser à l’intégration et à la communication de la Cartoucherie avec le bâti environnant. Voies de circulation ou encore maîtrise des vents, du bruit et de l’ensoleillement sont autant de facteurs qui ont été pris en compte, de même que les hauteurs variables des bâtiments afin de ne pas créer une barrière de béton qui isolerait ce nouvel espace.

La préservation de la mémoire ouvrière du site a également été l’un des axes importants du projet. Elle passera par la conservation des anciennes Halles du Giat, d’une superficie de 7 000m², qui seront reconverties en espaces culturels. Des discussions sont notamment engagées pour une installation du collectif Mix’Art Myrys mais Régis Godec n’exclut pas, sur la partie restante, « des restaurants ou des commerces qui communiqueraient avec la place devant les Halles ».

La place de la voiture, préoccupation majeure

En tant qu’écoquartier, la Cartoucherie répondra logiquement à un certain nombre de critères environnementaux. Au niveau du bâti tout d’abord, avec des choix de matériaux vertueux, un réseau de chauffage collectif grâce à l’incinérateur du Mirail, ou encore la recherche d’une haute performance énergétique qui sera contrôlée sur la durée. Au niveau végétal ensuite, avec la création de deux « coulées vertes » qui seront de véritables poumons.

Mais l’une des préoccupations majeures aura été la gestion des déplacements et en particulier de la place de la voiture. Les automobiles ne devraient que très peu circuler à l’intérieur du quartier, à l’exception des trois axes traversants qui contribuent au lien avec le reste du tissu urbain. La plupart des rues seront limitées à 20km/h, tandis qu’est prévu un partage de l’espace public avec les vélos et les piétons. Et si chaque logement sera doté d’une place de stationnement, la moitié d’entre elles seront situées au sein de trois parkings silos, en périphérie. L’autre moitié étant prévue en sous-sol des habitations. Mais aucun stationnement n’est donc programmé en surface ; seule une centaine d’emplacements sera réservée aux arrêts temporaires (dépose-minute, véhicules d’urgence, livraisons…).

Premiers habitants en 2015

La première tranche de la Cartoucherie, qui concerne la partie ouest et dont les travaux seront lancés cette année, inclut un ensemble de 580 logements répartis en cinq lots. Une crèche, un groupe scolaire et une mairie annexe doivent également prendre place sur cette partie l’écoquartier, de même que 18 000 m² d’activités tertiaires. Enfin, un espace de 12 000 m² devrait être réservé à la Région Midi-Pyrénées, qui a fait part de sa volonté d’y construire son École de santé.

Les candidatures des promoteurs, bailleurs et architectes pour l’attribution des lots ont d’ores et déjà été lancées, et les lauréats devraient être connus en juillet. Les premiers habitants, eux, sont attendus en 2015.